Quétaineries

La nostalgie

Longtemps, j’ai eu un rapport malsain avec la nostalgie. J’étais sans cesse en quête de petites Madeleines dans l’espoir de m’évader du présent. Le plus pervers avec la nostalgie, c’est ses ornières qui permet d’observer qu’une partie d’une réalité perdue, donnant l’impression que le passé était tant mieux que le présent.

Mon réflexe lors des périodes de stress a souvent été de dépenser mon argent sur des choses inutiles. Ça l’a, entre autres, été les cassettes de Nintendo en espérant retrouver les émotions que je ressentais lorsque, enfant, je tenais un nouveau jeu dans mes mains. Les premières fois, ça fonctionnait. L’espace d’un instant, j’étais dans ma chambre d’enfance, en train de jouer à Zelda en mangeant des frites spirales. Les sensations se sont vite estompées. C’est vite devenu une quête pathétique, une série de déception et d’achats de plus en plus inutiles. 

Le plus triste dans cette quête du passé est l’impression d’arrêter de créer des souvenirs. C’est cette impression de vivre dans un présent vide de sensation. Puis quelques mois plus tard, des moments, une fois perdus, sont devenus nostalgiques. Un souper au restaurant, une promenade, qui, au moment de sa réalisation, semblait sans importance est maintenant un souvenir d’un présent perdu, qui n’a même pas été apprécié.

La nostalgie est belle. Rien n’équivaut à ces moments d’épiphanie lorsque, sans prévenir, on se retrouve propulsé dans un moment important de notre vie. Par contre, sa recherche à tout prix est laide et se fait aux dépens de la réalisation que le présent est souvent d’une grande beauté.

C’est tellement facile de se perdre dans la négativité… Les klaxons, les gens qui dépassent pour entrer dans l’autobus, la face de bœuf d’un caissier, etc. Par contre, la vie, c’est aussi le sourire d’une personne pour qui on retient la porte, le soulagement d’un touriste perdu lorsqu’on lui confirme sa route, le chant d’un oiseau sur une branche…

J’ai eu une belle métaphore de ma situation lors d’une visite à l’optométriste. Je croyais ma vision décente, mais j’ai découvert que je ne voyais pratiquement rien d’un œil et que c’est l’autre qui travaillait en surtemps pour compenser. 

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